Mozambique : le rail s’ouvre aux opérateurs privés pour renforcer les corridors de fret régionaux

Mozambique : le rail s’ouvre aux opérateurs privés pour renforcer les corridors de fret régionaux

Rail & fret ferroviaire. Au Mozambique, l’entreprise publique Ports et Chemins de fer (CFM) prépare des appels d’offres pour confier l’exploitation de certains tronçons du réseau national à des opérateurs privés. L’objectif est d’accroître les flux de marchandises vers les ports de Maputo, Beira et Nacala et de renforcer les échanges avec l’Afrique du Sud, le Zimbabwe et le Malawi.

Mozambique : l’ouverture du réseau ferroviaire pour accroître le fret régional

Annoncée le 26 octobre 2026, cette initiative intervient dans un contexte de progression du trafic ferroviaire. Au premier trimestre 2026, les chemins de fer mozambicains ont transporté 3,6 millions de tonnes de marchandises, soit une hausse de 14,9 % sur un an.

La CFM prépare les procédures de mise en concurrence pour certains tronçons. À ce stade, l’entreprise publique n’a pas communiqué la liste des lignes concernées, le calendrier des appels d’offres ni les critères de sélection des opérateurs.

L’ouverture du réseau doit permettre d’élargir l’offre de transport et de mobiliser davantage de capacités pour les exportateurs et les importateurs. Son effet sur les coûts logistiques dépendra toutefois des conditions d’accès aux infrastructures, de la disponibilité du matériel roulant et de la régularité des services.

Trois corridors ferroviaires au cœur des échanges

Le réseau mozambicain dessert trois axes stratégiques pour le commerce régional :

  • Corridor de Maputo : la ligne de Ressano Garcia relie le sud du pays à l’Afrique du Sud. Elle constitue un débouché vers les marchés sud-africains et les routes maritimes internationales.
  • Corridor de Beira : la ligne de Machipanda dessert le Zimbabwe, tandis que la ligne de Sena assure une liaison vers le Malawi.
  • Corridor de Nacala : cet axe transporte notamment le charbon du bassin minier de Moatize et dessert également le Malawi.

Pour les chargeurs, l’enjeu est de disposer d’une solution ferroviaire compétitive face au camion. Le transfert d’une partie du fret vers le rail pourrait réduire la pression sur les axes routiers et faciliter l’acheminement des marchandises vers les ports. Mais les gains dépendront de la coordination entre le rail, les terminaux portuaires, les douanes et le transport routier.

Investissements ferroviaires : la capacité ne suffit pas

Le Mozambique a annoncé en avril 2025 un programme d’investissement de 14 milliards de meticals, soit environ 219,1 millions de dollars, couvrant la période 2025-2030. Il prévoit notamment l’ajout de secondes voies sur certaines lignes, l’acquisition de locomotives et l’achat de 250 wagons de marchandises.

Sur le corridor de Maputo, un financement de 144 millions d’euros a été obtenu en juillet 2025 pour moderniser la liaison avec la frontière sud-africaine. Le projet doit porter la capacité annuelle de fret à 19 millions de tonnes.

Malgré ces investissements, la fiabilité reste un point de blocage. En juin 2026, la Confédération des associations économiques du Mozambique a demandé une amélioration des services ferroviaires et une révision des tarifs. Les délais imprévisibles et le manque de wagons continuent de favoriser le transport routier.

Les futurs contrats devront donc préciser les obligations d’investissement, les conditions d’accès aux voies, les responsabilités d’exploitation et les mécanismes de tarification.

Pourquoi c’est important

  • Capacité de transport : l’arrivée de nouveaux opérateurs pourrait augmenter l’offre de wagons et de services de fret, sous réserve des modalités contractuelles.
  • Coûts logistiques : une meilleure disponibilité du rail pourrait offrir une alternative au camion pour certains flux massifiés, notamment les minerais et les marchandises destinées aux ports.
  • Compétitivité commerciale : des corridors plus fiables peuvent améliorer l’accès de l’Afrique australe aux marchés internationaux et limiter les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement.

Une ouverture aux enjeux régionaux

La réforme concerne aussi les pays enclavés qui dépendent des ports mozambicains pour leurs importations et leurs exportations. Le Zimbabwe et le Malawi, notamment, ont intérêt à disposer de liaisons ferroviaires régulières et de capacités prévisibles.

Pour le Mozambique, l’ouverture aux opérateurs privés constitue un levier potentiel de développement des corridors régionaux. Le résultat dépendra moins du nombre d’opérateurs que de leur capacité à garantir des tarifs compétitifs, des délais maîtrisés et une continuité entre le rail et les ports.