AGOA prolongé de trois ans : un enjeu stratégique pour le commerce et les chaînes d’approvisionnement en Afrique

Par Carlos Kpodiefin

La Chambre des représentants des États-Unis a approuvé l’AGOA Extension Act (H.R. 6500), prévoyant une prolongation de trois ans de l’African Growth and Opportunity Act. Cette décision renforce un pilier central des relations commerciales entre Washington et l’Afrique subsaharienne, avec des implications majeures pour le commerce africain, la logistique en Afrique et la supply chain Afrique, dans un contexte de rivalités géoéconomiques accrues.

L’AGOA, socle des relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique

Adopté en 2000, l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) constitue le principal dispositif préférentiel encadrant l’accès des exportations africaines au marché américain. Il permet à plusieurs pays d’Afrique subsaharienne d’exporter, sans droits de douane, des milliers de produits vers les États-Unis, notamment dans les secteurs du textile, de l’agro-industrie, des produits manufacturés et de certaines matières premières stratégiques.

Pour de nombreuses économies africaines, l’AGOA joue un rôle structurant dans l’intégration aux chaînes d’approvisionnement mondiales, le développement des capacités industrielles locales et la montée en gamme des exportations.

Une extension sous conditions strictes de gouvernance et de sécurité

L’AGOA se distingue par des critères d’éligibilité parmi les plus exigeants de tous les programmes de préférences commerciales américains. Les pays bénéficiaires doivent démontrer leur engagement en matière :

  • d’État de droit et de pluralisme politique,

  • de lutte contre la corruption,

  • de respect des droits humains,

  • de protection de la propriété intellectuelle,

  • d’ouverture des marchés et de concurrence loyale.

Le cadre prévoit également que les pays éligibles ne portent pas atteinte aux intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère des États-Unis. Cette dimension confère à l’AGOA une portée à la fois économique, politique et stratégique.

Éviter un vide stratégique en Afrique

Selon les promoteurs du texte H.R. 6500, une interruption prolongée de l’AGOA créerait un vide stratégique susceptible d’être comblé par d’autres puissances, notamment la Chine et la Russie.

L’Afrique concentre environ 30 % des ressources mondiales en minerais critiques, essentiels aux industries technologiques, énergétiques et de défense. Dans ce contexte, la Chine a déjà investi entre 8 et 10 milliards de dollars sur le continent afin de sécuriser et structurer des chaînes d’approvisionnement stratégiques, notamment dans les métaux critiques.

La prolongation de l’AGOA apparaît ainsi comme un outil de contrepoids géoéconomique, visant à préserver l’influence américaine dans le commerce africain et les infrastructures logistiques africaines.

AGOA, logistique et chaînes d’approvisionnement africaines

Sur le plan opérationnel, l’AGOA a contribué au développement de corridors logistiques africains, à l’essor du transport maritime Afrique–États-Unis, ainsi qu’au renforcement du transport aérien Afrique pour les exportations à forte valeur ajoutée.

Dans des pays comme le Kenya, l’Éthiopie, le Lesotho ou le Ghana, le dispositif a favorisé l’émergence de pôles industriels et logistiques connectés aux marchés nord-américains, stimulant l’investissement dans les ports, les zones économiques spéciales et la gestion de la supply chain en Afrique.

Une extension de trois ans pour sécuriser les investissements

Le texte adopté par la Chambre des représentants prévoit une prolongation de l’AGOA pour trois ans, offrant une visibilité temporaire mais essentielle aux entreprises africaines, aux investisseurs et aux acteurs du transport en Afrique.

Cette fenêtre est perçue comme cruciale pour :

  • sécuriser les chaînes d’approvisionnement existantes,

  • attirer de nouveaux investissements industriels,

  • encourager la diversification des exportations africaines au-delà des matières premières,

  • renforcer l’intégration de l’Afrique dans les échanges internationaux.

Un signal fort, mais un horizon encore incertain

L’extension de l’AGOA constitue un signal politique et économique fort envoyé aux pays d’Afrique subsaharienne et aux acteurs de la logistique et de la supply chain Afrique. Elle confirme le rôle stratégique du continent dans les équilibres commerciaux mondiaux et dans les chaînes de valeur critiques.

Toutefois, la durée limitée de la prolongation souligne la nécessité, pour les économies africaines, d’accélérer la diversification de leurs marchés, de renforcer leurs infrastructures logistiques et de bâtir des chaînes d’approvisionnement plus résilientes, capables de s’adapter à un environnement géopolitique en mutation.