Kenya : une ligne ferroviaire centenaire renaît grâce à 5,5 milliards KSh pour transformer le commerce régional

Le Kenya poursuit activement la modernisation de ses infrastructures de transport avec le lancement officiel des travaux de réhabilitation de la ligne ferroviaire Voi–Taveta. Présidée par le chef de l’État, William Samoei Ruto, la cérémonie de pose de la première pierre marque la renaissance d’un axe ferroviaire historique vieux de plus de 100 ans, appelé à jouer un rôle clé dans l’intégration logistique de l’Afrique de l’Est.
Construite entre 1915 et 1916 durant la Première Guerre mondiale, la ligne Voi–Taveta avait initialement une vocation militaire avant d’être progressivement intégrée au réseau commercial régional. Longtemps utilisée pour le transport de passagers et de marchandises, elle est tombée en désuétude il y a près de deux décennies, sous l’effet du déclin du trafic ferroviaire.
Sa réhabilitation aujourd’hui illustre une volonté de reconnecter des infrastructures héritées de l’histoire aux enjeux contemporains de compétitivité logistique.
Un investissement de 5,5 milliards de shillings pour un corridor stratégique
Le projet, estimé à 5,5 milliards de shillings kényans (environ 40 millions de dollars), prévoit la remise à niveau de la ligne à écartement métrique ainsi que la construction d’un port sec à Voi. L’objectif est clair : transformer cette ville en hub logistique stratégique reliant le port de Port de Mombasa au poste frontière à guichet unique de Taveta-Holili, à la frontière avec la Tanzanie.
À terme, cette infrastructure permettra de relancer un corridor historique reliant Mombasa à l’intérieur du continent via Voi, Taveta, Moshi, Arusha et Singida, jusqu’à Bujumbura.
L’un des principaux avantages du projet réside dans l’optimisation des distances. La ligne ferroviaire permettra de réduire de 358 kilomètres le trajet entre Mombasa et Bujumbura, un gain significatif qui devrait se traduire par une baisse des coûts de transport et une amélioration des délais de livraison.
Dans un contexte où la compétitivité des corridors africains repose de plus en plus sur la rapidité et la fiabilité des flux, cette réduction constitue un levier majeur pour attirer davantage de volumes commerciaux et fluidifier les échanges régionaux.
Un levier pour le commerce, l’industrie, le tourisme et l’emploi
Au-delà de la logistique, la relance de la ligne Voi–Taveta devrait générer des impacts économiques structurants :
- Commerce transfrontalier : facilitation des échanges entre le Kenya, la Tanzanie et le Burundi
- Agriculture : amélioration de l’acheminement des produits agricoles vers les marchés régionaux et portuaires
- Mines : valorisation du potentiel minier du comté de Taita Taveta
- Emploi : création d’opportunités, notamment pour les jeunes
En offrant une alternative plus fiable et potentiellement moins coûteuse que le transport routier, le rail pourrait également contribuer à décongestionner les axes routiers et à réduire les coûts logistiques globaux.
La dimension touristique n’est pas en reste. La ligne traverse une région riche en paysages naturels et en sites historiques, notamment liés aux batailles de la Première Guerre mondiale. Sa remise en service pourrait ainsi favoriser le développement d’un tourisme ferroviaire et mémoriel encore peu exploité.
Vers une intégration régionale renforcée
Au-delà de son impact local, le projet s’inscrit dans une stratégie plus large de développement de corridors multimodaux en Afrique de l’Est. En reconnectant des axes ferroviaires aux ports maritimes et aux frontières terrestres, le Kenya renforce sa position de hub logistique régional.
La relance de la ligne Voi–Taveta apparaît ainsi comme bien plus qu’un simple projet d’infrastructure : elle symbolise la transformation d’un héritage historique en levier de compétitivité économique, au service d’une intégration régionale accrue et d’une logistique plus performante.
Un corridor renaît, avec l’ambition claire de réduire les coûts, raccourcir les délais et stimuler le commerce à l’échelle régionale.

