Mobilité urbaine : Uber se retire de la Tanzanie après dix ans d’opérations sous contrainte réglementaire

Mobilité urbaine : Uber se retire de la Tanzanie après dix ans d’opérations sous contrainte réglementaire

Le 30 janvier 2026, Uber a officiellement cessé ses services en Tanzanie. Présente depuis 2016, la plateforme opérait principalement à Dar es Salaam, Arusha, Mwanza, Dodoma et Zanzibar. Ce retrait marque la sortie définitive du groupe américain du marché tanzanien du ride-hailing, après plusieurs années de tensions réglementaires et une rentabilité dégradée.

Une équation économique devenue intenable

Au cœur du dossier : le cadre imposé par la Land Transport Regulatory Authority (LATRA).

Depuis 2022, le régulateur fixe :

  • des tarifs planchers par kilomètre et par minute,
  • des grilles de prix obligatoires,
  • un plafonnement des commissions prélevées par les plateformes.

Ces règles ont fortement réduit la flexibilité tarifaire d’Uber, élément central de son modèle basé sur l’ajustement dynamique de l’offre et de la demande.

Après une première suspension des services en avril 2022, Uber avait tenté un retour partiel en 2023. Mais sans marge de manœuvre sur les prix ni sur la structure de coûts, l’opération n’a jamais retrouvé un équilibre financier durable. Début 2026, la direction tranche : sortie définitive du marché.

Impact opérationnel immédiat dans les grandes villes

Sur le terrain, les effets sont rapides.

À Dar es Salaam, principale agglomération du pays, la disparition d’Uber réduit mécaniquement la capacité disponible sur le segment VTC, notamment aux heures de pointe et dans les zones périphériques mal desservies par le transport collectif.

Plus de 1 500 chauffeurs affiliés à la plateforme doivent désormais se repositionner, soit vers des concurrents encore actifs, soit vers le transport informel. Pour les usagers, cela se traduit déjà par :

  • un choix plus restreint d’applications,
  • des temps d’attente potentiellement plus longs,
  • une moindre pression concurrentielle sur les prix.

Dans un contexte urbain marqué par la congestion chronique et une croissance démographique rapide, cette contraction de l’offre numérique pèse directement sur la fluidité des déplacements domicile-travail.

Bolt, inDrive et Little récupèrent le trafic

Le retrait d’Uber profite en priorité à Bolt, inDrive et Little, qui poursuivent leurs opérations en Tanzanie avec des modèles mieux adaptés aux contraintes locales, notamment grâce à des structures de coûts plus légères et une plus grande tolérance à des marges réduites.

Pour ces acteurs, l’enjeu est désormais d’absorber rapidement la demande transférée sans dégrader la qualité de service, tout en restant dans les clous réglementaires.

Un cas d’école pour l’Afrique de l’Est

À l’échelle régionale, la Tanzanie se distingue par une régulation plus interventionniste que le Kenya ou l’Ouganda, où les plateformes bénéficient encore d’une relative liberté tarifaire.

Ce différentiel explique en partie la poursuite des investissements dans les capitales voisines, tandis que Dar es Salaam voit se refermer la parenthèse Uber. Pour les opérateurs de mobilité et les fonds spécialisés, le message est clair : l’arbitrage réglementaire devient un critère central d’allocation de capital en Afrique de l’Est.

Le retrait d’Uber en Tanzanie reconfigure le paysage de la mobilité urbaine locale. À court terme, l’impact se mesure en capacité réduite, en pression sur les chauffeurs et en moindre concurrence. À moyen terme, l’épisode pose une question stratégique : comment développer des solutions de transport numériques viables dans des environnements réglementaires rigides, sans freiner l’innovation ni l’accès au service.