Le Kenya a conclu un accord commercial préliminaire majeur avec la Chine accordant un accès sans droits de douane à plus de 98 % de ses exportations. Cette avancée stratégique devrait remodeler les flux commerciaux, les corridors logistiques et les chaînes d’approvisionnement entre l’Afrique de l’Est et l’Asie.
Une avancée stratégique dans les relations commerciales Kenya–Chine
Nairobi et Pékin ont finalisé un cadre commercial dit « early harvest » permettant à 98,2 % des exportations kényanes d’entrer sur le marché chinois sans droits de douane. Annoncé par le ministère kényan du Commerce, cet accord constitue une étape clé pour corriger le déséquilibre commercial historique du pays avec la Chine et renforcer sa position dans le commerce africain, la logistique en Afrique et les chaînes d’approvisionnement du continent.
Conclu moins d’un mois après la clôture des négociations le 19 décembre, l’accord apporte des bénéfices immédiats aux principaux secteurs exportateurs du Kenya, notamment le café, le thé et les fleurs coupées, piliers de l’économie agricole et des supply chains orientées vers l’exportation.
Un levier pour dynamiser les exportations agricoles et la supply chain
Selon le ministre kényan du Commerce, Lee Kinyanjui, cet accès sans droits de douane marque « une avancée majeure » et témoigne de l’engagement de la Chine à approfondir ses relations économiques avec le Kenya.
Cette mesure devrait libérer un important potentiel économique pour les exportateurs kényans, favoriser la diversification du panier d’exportation et renforcer la chaîne d’approvisionnement agricole, depuis les zones de production jusqu’aux ports, aéroports et corridors logistiques internationaux.
L’agriculture demeure le pilier de l’économie kényane. Un meilleur accès au marché chinois pourrait stimuler les investissements dans la chaîne du froid, le fret aérien et les infrastructures logistiques, consolidant le rôle du Kenya comme hub logistique régional en Afrique de l’Est.
Réduction des distorsions commerciales en Afrique de l’Est
Des analystes soulignent que l’exclusion du Kenya du dispositif chinois d’accès préférentiel réservé aux pays les moins avancés — à la suite de son passage au statut de pays à revenu intermédiaire en 2014 — avait engendré des distorsions commerciales au sein de la sous-région.
Selon Lauren Johnston, spécialiste des relations Chine–Afrique, certains pays d’Afrique de l’Est bénéficiaient déjà d’un accès préférentiel au marché chinois, contrairement au Kenya. Cette situation pouvait encourager des pratiques de contournement, avec un transit des produits kényans par des pays tiers afin d’accéder au marché chinois sans droits de douane.
Le nouvel accord devrait ainsi fluidifier les flux commerciaux régionaux, réduire les inefficiences et renforcer l’intégration logistique régionale.
Un déficit commercial que Nairobi cherche à corriger
En 2023, les exportations kényanes vers la Chine ont atteint 225 millions de dollars, principalement composées de minerai de titane et de fruits à coque, tandis que les importations en provenance de Chine se sont élevées à 5,97 milliards de dollars, dominées par les équipements de télécommunication et les produits sidérurgiques.
En élargissant ses exportations de café, thé, avocats, noix de macadamia, produits de la mer et fleurs coupées, le Kenya ambitionne de réduire ce déficit et de créer davantage de valeur tout au long de sa chaîne logistique et de sa supply chain export.
Entre Pékin et Washington : une stratégie commerciale d’équilibre
L’annonce intervient dans un contexte de pressions présumées des États-Unis, qui auraient encouragé Nairobi à renoncer à l’accord avec la Chine en échange du renouvellement des avantages commerciaux de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), arrivé à expiration l’an dernier.
Les autorités kényanes ont rejeté ces allégations. Korir Sing’Oei, secrétaire principal aux Affaires étrangères, a affirmé que le Kenya poursuivait en parallèle ses partenariats commerciaux avec la Chine et les États-Unis.
Les deux pays ont déjà échangé leurs calendriers tarifaires et convenu des règles d’origine, permettant l’application du régime préférentiel dans le cadre intérimaire, en attendant la conclusion d’un accord de partenariat économique plus large.
La prolongation de l’AGOA soulage les exportateurs kényans
Dans un développement favorable aux pays africains, la Chambre des représentants américaine a voté une prolongation de l’AGOA de trois ans, jusqu’en 2028, sous réserve de l’approbation du Sénat et du président américain.
Cette décision apporte un répit au secteur textile et de l’habillement kényan, qui exporte chaque année près de 600 millions de dollars vers les États-Unis et emploie des dizaines de milliers de personnes. Le gouvernement kényan entend profiter de cette fenêtre pour diversifier ses exportations au-delà du textile.
Un tournant stratégique pour le commerce et la logistique en Afrique de l’Est
L’accord d’accès sans droits de douane entre le Kenya et la Chine dépasse le cadre d’une simple concession tarifaire. Il constitue un tournant stratégique pour le commerce, le transport et la supply chain en Afrique, avec des impacts potentiels majeurs sur la compétitivité des exportations, le développement des corridors logistiques est-africains et l’intégration du continent dans les chaînes de valeur mondiales.
S’il est pleinement mis en œuvre, ce cadre pourrait renforcer le rôle du Kenya comme passerelle entre l’Afrique et l’Asie et accélérer les investissements dans les infrastructures de transport et de logistique africaines, au service d’une croissance durable.

