Éthiopie : Une feuille de route ambitieuse pour la mobilité électrique à l’horizon 2030

 

L’Éthiopie franchit un cap décisif dans sa transition énergétique. Le gouvernement a officiellement lancé sa Stratégie nationale de mobilité électrique 2026-2030, un plan structuré autour de réformes politiques, du développement des infrastructures, de la fabrication locale et de l’attraction des investissements étrangers.

 

Un écosystème, pas seulement des véhicules

Le ministre éthiopien des Transports et de la Logistique, Alemu Sime, a posé d’emblée le cadre : il ne s’agit pas simplement de substituer des véhicules thermiques par des véhicules électriques, mais bien de construire un écosystème de transport moderne, au service de villes plus propres, d’une meilleure santé publique et d’une souveraineté énergétique renforcée. L’Éthiopie dispose d’un atout de taille pour cela : ses abondantes ressources hydroélectriques, qui constituent une base solide pour alimenter une flotte électrique à grande échelle.

Cinq piliers industriels pour 2030

Le ministre de l’Industrie, Melaku Alebel, a présenté les cinq priorités stratégiques qui guideront l’industrialisation du secteur :

  1. L’assemblage et la production locale de véhicules électriques, dont des bus électriques ;
  2. Un écosystème batteries — fabrication, réutilisation et recyclage ;
  3. Des parcs industriels dédiés aux technologies de véhicules électriques ;
  4. Le renforcement des normes nationales et la protection des consommateurs ;
  5. L’exploration des réserves en lithium et ions de sodium pour appuyer la production nationale de batteries.

L’objectif chiffré est clair : atteindre 30 % de production locale dans le secteur des véhicules électriques d’ici 2030. Des investisseurs internationaux se positionnent déjà sur la fabrication de batteries et le développement des minerais critiques.

À noter que l’Éthiopie avait déjà posé les bases de cette transition en restreignant les importations de véhicules à moteur à combustion interne — une décision alors jugée risquée, aujourd’hui saluée comme visionnaire face à la volatilité mondiale des prix du carburant.

Des corridors urbains pensés pour la mobilité durable

Sur le plan urbain, les projets de corridors intégrés éthiopiens donnent la priorité à la marche, au vélo, aux transports publics accessibles et aux systèmes de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) électriques. Une approche multimodale qui vise à réduire les émissions tout en améliorant la connectivité et l’inclusion économique dans les grandes agglomérations.

Des Centres d’excellence dédiés à la formation et à l’innovation en matière de véhicules électriques seront également créés au sein des universités et instituts techniques de plusieurs villes, afin d’ancrer durablement les compétences dans le tissu local.

 

L’Afrique comme horizon

Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique continentale plus large. Le Comité technique spécialisé de l’Union africaine sur le transport et l’énergie vient d’adopter un cadre continental pour les véhicules électriques, tandis que la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) conduit actuellement des études sur les besoins futurs en électricité pour les VE et sur le commerce intra-africain de véhicules électriques.

Pour Robert Lisinge, représentant de la CEA, l’Éthiopie se positionne clairement comme un pays pionnier de la mobilité électrique sur le continent africain, alignant sa stratégie sur la Décennie du transport durable des Nations Unies 2026-2035.

 

Ce qu’il faut retenir pour le secteur logistique

Pour les acteurs de la logistique et du transport de marchandises opérant en Afrique de l’Est, cette stratégie ethiopienne ouvre plusieurs perspectives à surveiller de près :

  • Le développement d’une infrastructure de recharge qui bénéficiera aussi au transport de fret de courte et moyenne distance ;
  • L’émergence d’une filière locale de batteries, potentiellement exportable vers les pays voisins ;
  • La transformation progressive du parc de transport public et urbain, qui redéfinira les flux logistiques du dernier kilomètre à Addis-Abeba et dans les autres grandes villes.

L’Éthiopie, carrefour stratégique de la Corne de l’Afrique, entend bien faire de la mobilité électrique un levier de compétitivité logistique régionale. Les acteurs du secteur auraient tort de ne pas s’y intéresser dès maintenant.