Mozambique : dix locomotives indiennes pour muscler les corridors ferroviaires d’Afrique australe
Caminhos de Ferro de Moçambique boucle la réception d’une commande de dix engins diesel-électriques fabriqués en Inde. Une acquisition qui s’inscrit dans un plan d’investissement ferroviaire de 219 millions de dollars à l’horizon 2030.
La compagnie publique Caminhos de Ferro de Moçambique (CFM) a finalisé la réception de dix locomotives diesel-électriques de 3 300 chevaux, produites par Banaras Locomotive Works (BLW) à Varanasi, Inde. Les deux derniers engins ont été livrés en avril 2026, clôturant un contrat d’export géré par RITES dont les premières livraisons remontent à mi-2025. Les machines sont conçues pour l’écartement Cape Gauge (1 067 mm), standard dominant en Afrique australe, et atteignent 100 km/h.
Contexte opérationnel
CFM opère trois corridors ferroviaires stratégiques depuis les ports de Maputo, Beira et Nacala vers l’intérieur du continent. Ces axes drainent des flux miniers et agricoles en provenance du Zimbabwe, du Malawi et de Zambie — des pays enclavés dont les exportations dépendent directement de la performance du réseau mozambicain.
Corridors desservis
L’injection de nouvelles capacités de traction répond à une demande de fret transfrontalier en hausse, dans un contexte où les chaînes d’approvisionnement régionales cherchent à réduire leur dépendance aux plateformes logistiques sud-africaines, exposées à leurs propres contraintes d’infrastructure.
Plan d’investissement 2030
Cette acquisition s’inscrit dans un programme national de 14 milliards de meticais — soit environ 219 millions USD — annoncé en avril 2025 et cofinancé par la Banque africaine de développement. Le plan prévoit également l’acquisition de 250 wagons supplémentaires et 30 voitures voyageurs, ainsi que la poursuite de la modernisation de la ligne Ressano Garcia.
- Pour les pays enclavés — Zimbabwe, Malawi, Zambie — une capacité de traction accrue sur les corridors mozambicains réduit directement les délais d’exportation et les coûts de transit portuaire.
- La diversification des fournisseurs ferroviaires (Inde via BLW/RITES) ouvre une alternative crédible aux équipements européens ou chinois pour les réseaux africains à écartement Cape Gauge.
- L’implication de la BAD dans le financement valide la dimension régionale du projet et peut accélérer d’autres commandes similaires sur le continent.
Perspective régionale
Le Mozambique s’affirme progressivement comme alternative logistique aux ports sud-africains de Durban et Richards Bay, confrontés à des problèmes récurrents de congestion et de fiabilité. La montée en puissance de CFM sur le fret ferroviaire transfrontalier renforce la compétitivité des ports de Beira et Nacala, déjà cibles d’investissements portuaires significatifs ces dernières années. Dans la logique ZLECAf, un réseau ferroviaire mozambicain performant fluidifie les échanges intra-régionaux d’Afrique australe.
Dix locomotives, c’est un signal opérationnel concret dans une région où le maillon ferroviaire reste le goulot d’étranglement de nombreuses chaînes d’approvisionnement. Le Mozambique ne mise pas sur un coup ponctuel : le programme 2030 engage le pays sur une trajectoire de hub logistique régional durable — à condition que l’exécution suive.


