Par la rédaction de Logis-T Africa
Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) franchit une nouvelle étape stratégique dans la relance de son réseau ferroviaire et l’industrialisation de sa chaîne logistique. À travers le Ministère des Transports, Voies de Communication et Désenclavement (MTVCD), sous l’autorité du Vice-Premier ministre, les autorités congolaises ont officiellement lancé un Appel à Manifestation d’Intérêt International (AMI) pour la construction d’une usine de fabrication de rails ferroviaires sur le territoire national.
Référencé AMI n°006/2025 – VPM/MTVCD/RAIL, cet appel vise à identifier et présélectionner des partenaires techniques, industriels et financiers capables d’assurer la conception, le financement, la construction, l’équipement et l’exploitation de cette future infrastructure industrielle stratégique.
Un projet structurant pour la souveraineté ferroviaire de la RDC
Selon le document officiel publié par le MTVCD, le projet s’inscrit dans une ambition claire : doter la RDC d’une capacité industrielle nationale de production de rails ferroviaires de haute qualité, notamment des rails standards UIC 54 et UIC 60, utilisés sur les réseaux modernes à forte capacité.
Aujourd’hui, la totalité des rails utilisés en RDC est importée, ce qui génère :
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des coûts élevés d’acquisition et de transport,
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des délais de livraison incompatibles avec les chantiers de réhabilitation,
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et une dépendance structurelle vis-à-vis de fournisseurs étrangers.
Avec plus de 5 000 km de voies ferrées à réhabiliter ou moderniser, la RDC cherche à sécuriser l’approvisionnement local en équipements ferroviaires, tout en renforçant sa souveraineté industrielle.
Trois sites stratégiques retenus : Kisangani, Kinshasa et Banalia
Le projet repose sur une organisation industrielle multi-sites, structurée autour de trois pôles complémentaires :
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Kisangani :
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unité principale de production,
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laminoirs à chaud pour rails UIC 54 et UIC 60,
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position stratégique de carrefour fluvial et ferroviaire vers le nord-est.
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Kinshasa :
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unité d’usinage,
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contrôle qualité et stockage logistique,
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plateforme d’exportation vers les corridors de l’Ouest, notamment Matadi-Banana.
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Banalia (province de la Tshopo) :
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extraction et traitement des matières premières,
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minerai de fer, calcaire et charbon métallurgique,
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fort potentiel énergétique local.
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Cette configuration vise à optimiser la supply chain industrielle, de l’extraction minière à la distribution logistique régionale.
Des infrastructures industrielles et énergétiques modernes
L’usine sera dotée d’équipements de dernière génération, notamment :
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fours électriques à arc,
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laminoirs modernes,
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laboratoires métallurgiques et bancs d’essais de résistance,
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centrale énergétique hybride hydro-solaire,
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centre de formation technique et d’apprentissage industriel.
Au-delà de la production, le projet ambitionne de structurer un écosystème industriel ferroviaire, favorisant le transfert de compétences et la montée en qualification de la main-d’œuvre congolaise.
Un montage institutionnel en Partenariat Public-Privé
Le projet sera mis en œuvre sous la forme d’un Partenariat Public-Privé (PPP), de type BOOT (Build-Own-Operate-Transfer) ou joint-venture industrielle.
Le schéma institutionnel implique :
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l’État congolais, via le MTVCD et le ministère de l’Industrie,
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des partenaires techniques et industriels (sidérurgie, ingénierie lourde),
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des bailleurs et investisseurs internationaux : BAD, BEI, Banque mondiale, Afreximbank, TDB, Eximbank,
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une Société de Projet (SPV) dédiée, chargée de la conception, du financement, de la construction et de l’exploitation.
Quels profils de partenaires recherchés ?
Le gouvernement cible notamment :
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des sociétés sidérurgiques spécialisées dans la fabrication de rails,
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des entreprises EPC et d’ingénierie industrielle lourde,
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des institutions financières de développement,
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des sociétés minières disposant de capacités de production d’acier,
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des centres de formation technique pour le transfert de savoir-faire.
Contenu du dossier de manifestation d’intérêt
Les candidats devront soumettre :
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Une lettre d’intérêt adressée au Vice-Premier ministre, ministre des Transports ;
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Une présentation détaillée de la société ou du consortium ;
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Les documents juridiques et administratifs à jour.
Les modalités complètes de participation, les critères de sélection et les informations complémentaires figurent dans le document officiel publié par le MTVCD.
Une pièce maîtresse pour les corridors régionaux africains
Ce projet industriel s’inscrit dans la dynamique des grands corridors d’intégration régionale, notamment :
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le corridor de Lobito,
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le corridor Est-Centre,
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l’axe Kinshasa – Matadi – Banana,
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et les connexions fluvio-ferroviaires du bassin du Congo.
À terme, la RDC ambitionne de devenir un pôle régional de production de rails, au service non seulement de son réseau national, mais aussi des projets ferroviaires en Afrique centrale et australe.
En lançant cet AMI international, Kinshasa envoie un signal fort aux investisseurs : le ferroviaire congolais entre dans une nouvelle ère, industrielle, intégrée et souveraine.
Logis-T Africa continuera de suivre ce dossier stratégique pour l’avenir du transport et de la supply chain en Afrique.



