L’Algérie engage une nouvelle phase majeure de modernisation de ses infrastructures de transport avec le lancement de l’Avis général de passation des marchés (AGPM) relatif à la construction de la ligne ferroviaire Laghouat–Ghardaïa–El Menéa, longue de 495 kilomètres. Financé avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD) et de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), ce projet ferroviaire structurant s’inscrit au cœur de la stratégie nationale de désenclavement du Grand Sud et de renforcement de la compétitivité logistique du pays.
Un projet ferroviaire à fort impact territorial et économique
Pensée comme un corridor stratégique, la future ligne ferroviaire vise à connecter durablement les wilayas de Laghouat, Ghardaïa et El Menéa aux grands axes de transport nationaux. Ces régions, qui concentrent d’importants bassins de production agricole, minière et énergétique, restent encore pénalisées par des coûts logistiques élevés et une forte dépendance au transport routier.
À travers ce projet, les autorités algériennes ambitionnent de réduire les délais et les coûts de transport sur l’axe Alger–El Menéa, tout en améliorant la fluidité des échanges de marchandises et la mobilité des populations. Le rail est ainsi repositionné comme un levier clé de l’aménagement du territoire, mais aussi comme un outil de compétitivité économique à long terme.
Le rail au cœur de la stratégie logistique et environnementale
Dans un contexte marqué par la montée des exigences environnementales et la recherche de chaînes d’approvisionnement plus durables, le projet Laghouat–Ghardaïa–El Menéa répond également à des objectifs de transition énergétique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le transfert modal de la route vers le rail permettra de limiter l’empreinte carbone du transport intérieur, tout en offrant une solution plus sûre, plus capacitaire et mieux adaptée aux flux massifiés de fret.
Pour l’Algérie, il s’agit aussi de moderniser son infrastructure ferroviaire et de renforcer l’attractivité du rail pour le transport des marchandises, un segment encore sous-exploité malgré son potentiel stratégique pour la supply chain nationale.
Une architecture de projet intégrée et multisectorielle
Le projet s’articule autour de trois grandes composantes complémentaires.
La composante A porte sur la construction et l’aménagement de la ligne ferroviaire, incluant les travaux de génie civil, le déplacement des contraintes techniques, la prise en compte des mesures environnementales et sociales, ainsi que l’acquisition de matériels roulants (locomotives, wagons et voitures voyageurs). Elle comprend également le contrôle, la supervision des travaux et les opérations d’acquisition foncière.
La composante B, dédiée aux aménagements intégrés, vise à maximiser les retombées économiques locales du projet. Elle prévoit le développement d’infrastructures connexes le long du corridor, la mise en place de programmes de formation aux métiers ferroviaires, notamment au profit des jeunes et des femmes, ainsi que des actions ciblées de développement économique local.
Enfin, la composante C est consacrée à la gestion du programme et à l’appui institutionnel. Elle couvre l’assistance à la maîtrise d’ouvrage, les études multisectorielles, le suivi-évaluation des impacts socio-économiques, les audits techniques, financiers, environnementaux et sociaux, ainsi que les activités de communication et de gouvernance du projet.
Un signal fort envoyé aux entreprises et investisseurs
Avec la publication de l’Avis général de passation des marchés, l’Algérie ouvre officiellement la voie à la mobilisation des entreprises nationales et internationales spécialisées dans le BTP, le ferroviaire, la logistique, le transport multimodal et les services connexes. Les procédures de passation des marchés seront conduites conformément aux règles de la Banque africaine de développement, garantissant transparence et concurrence.
Les dossiers d’appel d’offres sont attendus à partir de janvier 2026, une échéance désormais scrutée de près par les opérateurs du secteur. Au-delà des travaux de construction, le projet offre également des opportunités dans les domaines de l’agro-industrie, des services logistiques et du développement d’activités économiques le long du corridor ferroviaire.
Intégration nationale et inclusion sociale
Au-delà de sa dimension infrastructurelle, la ligne Laghouat–Ghardaïa–El Menéa se veut un outil d’intégration nationale. Elle doit contribuer à rapprocher le Nord et le Grand Sud, à améliorer l’accessibilité des territoires enclavés et à renforcer la cohésion sociale. Le projet ambitionne également de créer des emplois durables, tant durant la phase de construction que lors de l’exploitation de la ligne.
Pour les acteurs de la logistique et de la supply chain en Afrique, ce projet illustre la volonté de l’Algérie de s’inscrire dans une dynamique continentale de développement de corridors de transport résilients, durables et compétitifs, capables de soutenir la croissance des échanges et l’industrialisation du continent.
Lire l’avis ici algerie-ligne_ferroviaire_lgem-avis_general_de_passation_des_marches_agpm

