ZLECAf : Wamkele Mene appelle à bâtir un marché africain intégré face aux tensions du commerce mondial

ZLECAf : Wamkele Mene appelle à bâtir un marché africain intégré face aux tensions du commerce mondial

Dans un contexte de fragmentation du commerce mondial et de perturbations croissantes de la chaîne d’approvisionnement en Afrique, le directeur général de la ZLECAf, Wamkele Mene, exhorte les États africains à accélérer l’intégration économique du continent. Objectif : renforcer la logistique en Afrique, fluidifier le transport en Afrique et consolider un marché intérieur capable de soutenir la croissance du commerce africain.

Réuni lors du petit-déjeuner des Amis de la ZLECAf, organisé en marge du Forum économique mondial, Wamkele Mene a dressé un diagnostic sans concession des fragilités structurelles qui continuent de freiner la supply chain Afrique. Il a appelé à une mobilisation collective autour des infrastructures logistiques africaines, de la gestion de la supply chain Afrique et de la cohérence des politiques commerciales.

Une fragmentation persistante qui pénalise la chaîne d’approvisionnement Afrique

Selon le directeur général de la Zone de libre-échange continentale africaine, la désarticulation historique des marchés nationaux continue d’entraver le potentiel économique du continent, malgré ses 1,4 milliard d’habitants et un PIB cumulé estimé à près de 3 400 milliards de dollars.

La coexistence de plus de 40 monnaies, la faible industrialisation et une part inférieure à 3 % dans le commerce mondial illustrent ces déséquilibres. À cela s’ajoutent des coûts élevés de transport routier Afrique, de transport maritime Afrique et de transport aérien Afrique, qui grèvent la compétitivité des entreprises et allongent les délais d’import-export Afrique.

La Banque africaine de développement estime par ailleurs à environ 150 milliards de dollars par an les besoins de financement des infrastructures, un déficit qui affecte directement les corridors logistiques africains et la performance globale de la chaîne d’approvisionnement Afrique.

Mobilité, frontières et intégration régionale : des freins encore majeurs

Wamkele Mene a également pointé les difficultés persistantes de circulation des personnes et des marchandises, y compris au sein de communautés économiques régionales telles que la CEDEAO ou la Communauté d’Afrique de l’Est.

Pour le dirigeant de la ZLECAf, cette situation n’est plus soutenable à l’heure où les marchés mondiaux se contractent et où les chaînes logistiques internationales deviennent de plus en plus volatiles.

La ZLECAf entre désormais dans sa phase opérationnelle

Ratifiée par 50 États, la ZLECAf marque une volonté politique forte de lever les barrières au commerce africain et à l’investissement intra-continental. Les négociations techniques étant désormais achevées, l’accord entre dans une phase de mise en œuvre centrée sur la réduction des coûts d’infrastructure, de logistique et de financement du commerce.

Cette étape est particulièrement stratégique pour les PME africaines et la jeunesse, appelées à devenir les principaux moteurs de l’innovation dans le transport et la logistique en Afrique, ainsi que de la création d’emplois.

Capitaux domestiques : un levier sous-exploité pour la logistique en Afrique

Si la ZLECAf facilite les échanges de biens et de services, elle ne couvre pas directement les mouvements de capitaux. Les réglementations nationales, les contrôles de change et certaines exigences des banques centrales continuent de freiner les investissements transfrontaliers.

Wamkele Mene plaide pour un dialogue renforcé avec les autorités monétaires afin d’aligner les cadres financiers sur les ambitions commerciales du continent.

Il rappelle également l’existence de près de 800 milliards de dollars de capitaux domestiques peu liquides, détenus notamment par les fonds de pension et fonds souverains africains. Dans un contexte de recul de l’aide publique au développement, ces ressources pourraient devenir un pilier du financement des plateformes d’expertise logistique pour entreprises africaines et des projets structurants de supply chain Afrique.

Les banques multilatérales de développement et les institutions de financement du développement sont, selon lui, appelées à jouer un rôle catalyseur grâce à des instruments tels que les garanties et l’assurance contre les risques politiques.

Minéraux critiques et négociations commerciales : l’urgence d’une approche collective

Abordant le dossier stratégique des minéraux critiques, le directeur général a regretté la mise en œuvre encore limitée de la stratégie continentale de l’Union africaine, les États continuant majoritairement à négocier individuellement avec leurs partenaires étrangers.

Il estime que la diversité des ressources africaines nécessite des stratégies d’investissement différenciées, tout en reposant sur des principes communs afin de renforcer le pouvoir de négociation du continent.

Plus largement, Wamkele Mene s’est inquiété de l’approche fragmentée de l’Afrique dans les discussions commerciales internationales. Contrairement à l’Union européenne, l’Union africaine ne dispose pas encore de l’autorité juridique lui permettant de négocier des accords au nom de l’ensemble du continent — une faiblesse illustrée par certaines initiatives bilatérales avec les États-Unis.

Vers un marché intérieur africain comme pilier de résilience économique

Pour le patron de la ZLECAf, l’Afrique traverse un moment charnière. Face au rétrécissement des marchés mondiaux, la construction d’un marché intérieur intégré apparaît comme une nécessité stratégique.

À moyen et long terme, la croissance démographique et l’essor de la population active feront de l’intégration des marchés un levier central pour la compétitivité du commerce africain, l’optimisation de la gestion de la supply chain Afrique et le développement de hubs logistiques africains performants, notamment en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et en Afrique australe.

Au-delà d’un simple accord commercial, la ZLECAf s’impose progressivement comme un cadre structurant pour transformer le transport en Afrique, moderniser les infrastructures logistiques africaines et renforcer la résilience de la chaîne d’approvisionnement Afrique. À l’horizon des tendances de la logistique en Afrique 2026, la capacité du continent à parler d’une seule voix et à mobiliser ses ressources internes déterminera largement son positionnement dans l’économie mondiale — et son aptitude à convertir son potentiel en croissance inclusive et durable.